Pendant que le débat sur la légalisation du cannabis agite une partie de l'espace public en France, la loi helvétique permet depuis 2011 de vendre du cannabis contenant moins de 1% de THC, substance responsable des effets pharmacologiques du cannabis chez l'homme.

De quoi parle-t-on?

Le "cannabis light" n’est pas soumis à la loi sur les stupéfiants (LStup), qui interdit la culture, la consommation et le commerce du cannabis, du moment que sa teneur en THC est supérieure à 1%.

Au-delà de cette limite, le chanvre est considéré comme un stupéfiant. La Suisse fait figure d'exception puisque la plupart des pays européens interdisent la culture de plantes contenant des taux de 0,2% de THC. Elle est donc le paradis des producteurs, même si, à ce jour, seule une poignée de producteurs et de vendeurs sont enregistrés auprès des autorités.

Le produit est vendu sous des formes variées. Il peut s'agir de comprimés, de liquide pour cigarettes électroniques, mais on le retrouve également dans certains cosmétiques.

Si le marché parait prometteur, on peut se demander si l'engouement est passager ou durable. Le prix pourrait jouer un facteur décisif. Celui-ci varie selon la marque et le type d’herbe, mais il tourne en général autour de 10 fr. le gramme.

Les autorités souhaitent également encadrer la vente de ces produits en dissipant le flou juridique après une période d'expansion peu contrôlée.

Pour quelle clientèle?

Loin de la caricature du fumeur de joints, on observe une clientèle variée.

Ce qui séduit une partie des acheteurs, c'est que si le produit a le même goût et la même odeur que la marijuana, il ne fait pas "planer". La substance dominante dans ce type de chanvre qui est le cannabidiol ou CBD, qui, contrairement au cannabis classique n'a pas d'effet psychoactif. Autrement dit, elle n'embrume pas l'esprit, ce qui permet aux clients d'aller au travail ou plus généralement d'assumer leurs responsabilités en ayant pleine possession de leurs moyens.

Quid des règles de commercialisation?

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et l’Institut suisse des produits thérapeutiques, Swissmedic, ont publié fin février une notice pour clarifier le statut du cannabis contenant moins de 1% de THC.

Quelle que soit sa forme – cosmétique, fleur séchée ou denrée alimentaires – il doit désormais être déclaré avant d'être commercialisé. Considérés aux yeux de la loi comme des «succédanés de tabac», ces produits affichent la même mise en garde que celle figurant sur un paquet de cigarettes et sont donc soumis à la même taxe que les produits du tabac qui représente 25% du prix de vente.

Certains tentent de s'y soustraire en commercialisant la substance comme "matière brute" mais cela est interdit. A cet égard, l'Administration fédérale des douanes a rappelé que tous les produits de cannabis qui peuvent être fumés ou vaporisés sont imposables, et ce, indépendamment de leur forme ou de leur présentation.

Quels effets pour la santé?

La substance connait un certain succès grâce à sa forte concentration en cannabidiol, ou CBD. Cette molécule, qui donne désormais son surnom au produit, aurait un effet relaxant. Selon certains consommateurs, elle permettrait de soulager les migraines, ou aider à lutter contre les insomnies.

Cependant, il est interdit aux vendeurs de ces structures de donner des conseils médicaux. L'OSP a d'ailleurs rappelé que toute mention suggérant un effet thérapeutique quelconque, à l'instar d'un effet calmant ou sédatif était prohibée.

Il faut d'ailleurs rappeler que la consommation par combustion, quelle que soit la substance fumée, présente des risques pour la santé.

Gare aux contrôles de police!

Ayant la même odeur et le même goût, il est impossible de distinguer à l'oeil nu le cannabis légal de l'illégal. En cas de contrôle de police le consommateur se voit offrir deux possibilités. Soit il paie une amende de l'ordre de 100 francs, sanction prévue par la Lstup en cas de possession d'une quantité d'herbe inférieure à dix grammes, soit il accepte que le produit soit confisqué et soumis à une analyse afin de savoir s'il s'agit ou non d'une substance illicite.

Emilie Steinert
rédactrice
Etudiante en sciences politiques et histoire militaire, Emilie a beaucoup voyagé en Europe et garde un œil attentif sur l’actualité du continent, et notamment celle de la Suisse.